La semaine kabiyè, jusqu’en 1981 comptait six jours : hodo, piya, cɩla (tch’la). Et les marchés s’animaient en suivant ce calendrier. Un marché qui s’anime cette semaine un mardi, le sera la semaine prochaine un lundi, et ainsi de suite. Dérouté par ce cercle qu’elle ne maitrise pas, l’église catholique a cherché à s’adapter et s’est proposé d’ajouter un jour dans le calendrier kabiyè pour le stabiliser. Elle a choisi kɩhɛzʋʋ (k’hèzou, jour de repos) pour désigner dimanche. De son ĉoté le groupe de réflexion et d’étude de la langue kabiyè (GREK) réfléchissait à ajouter somiyé (nom de dimanche dans certains cantons) à la place de vendredi. Pendant ce temps les responsables de l’amicale de la Kozah à Lomé se lancèrent de leur ĉoté également dans la recherche du 7ème jour de la semaine kabiyè. Au cours d’une réunion, ils ont retenu sarakawa. Pour quelle raison ? Voici le contenu du procès-verbal de cette réunion : « Pourquoi jeudi a pris le nom sarakawa Quand un événement se produit dans une communauté et que les populations trouvrnt important de ne pas l’oublier, on le marque par quelque chose afin qu’au fil des temps, l’on s’en souvienne. Le 24 janvier 1974, un jeudi après-midi, s’est produit un événement inédit, jamais vécu dans notre pays. Ce jour-là, l’impérialiste blanc a voulu assassiner le président du Togo, Gnassingbé Eyadema à Sarakawa pour mettre sa mort sur le dos d’un accident d’avion. Ce jour-là, Eyadèma se rendait de Lomé à Kara, son territoire natal. Dieu n’a pas voulu que ce soit ainsi. Eyadema sortit indemne. En effet, Eyadema est juste. Il aime son pays. Il se sacrifie pour lui. Il ne veut pas que les richesses du pays soient spoliées. Il veut que les Togolais soient heureux. L’homme blanc a voulu à maintes reprises de le corrompre afin de voler toutes les richesses du TOGO. Il ne réussit pas. Le blanc s’est fâché contre lui. Les Blancs le gardèrent à l’œil. Ils complotèrent contre lui imaginant un accident d’avion. Ils n’ont pas réussi. Et l’affaire s’est répandue. C’est un jeudi que cet événement s’est produit à Sarakawa. C’est ainsi que les sages et les prêtres traditionnels prirent le jour jeudi et le lieu Sarakawa pour les mettre en parallèle. Ils insérèrent sarakawa dans les jours de la semaine kabiyè en lieu et place de jeudi français. Et la semaine kabiyè compte 7 jours. A partir de cet instant, les jours de la semaine kabiyè sont : hodo, piya, cɩla, sarakawa, kemeɣa, mazaɣ, kujuka. Cela ouvre la porte aux prénoms batis sur le jour sarakawa. Un garàon n” un jeudi s’appellera Sarakawaabalʋ ou Saraabalʋ. Et si c’est uen fille, elle s’appelle Sarakawahalʋ ou Saraalʋ. Les sages et prêtres kabiyè ont ainsi introduit sarakawa dans leur semaine coutumière. Un acte historique. Les futures générations comprendront plus tard que, c’est un kabiyè qui était le premier président du Togo. Il était un homme juste. Un hpmme droit. Il a lutté pour la paix nuit et jour. Il a servi le Togo avec conviction. C’est pour ces raisons qu’il allait être assassiné. Il s’appelle Gnassingbé Eyadèma. IL faut que son nom soit éternellement gravé dans la memoire collective. Il faut que son nom soit éternel. Le 1er janvier 1981 la semaine de 7 jours est entré en vigueur. Coincidence ?! Dans la culture kabiyè, Kemeɣa (vendredi) n’est pas un bon jour. Dans la culture chrétienne, vendredi n’est pas un bon jour. Les Musulmans appellent vendredi Soumath, appelé en kabiyè soumaɣ. C’est pourquoi sages et prêtres se sont entendus pour dire vendredi sied avec kemeɣa. Samedi devient maza;ɣ, dimanche est kujuka, lundi est hodo, mardi est piya, mercredi est cɩla et jeudi reste, comme ajusté, sarakawa”. ———————— Texe extrait de l’émission de Kao Blanzoua sur Radio Lomé, Ɖooo caanaʋ taa ɛsɛkuliye tɔm (Histoiire et Culture du Peuple Kabiyè). Traduit du kabiyè par Atinèdi GNASSE, secrétaire Général de l’Académie Kabiyè (ce 01er septembre 2025)